31 mai 2018

Dorothy Alexandre: entrepreneure, maman et féministe

JCCM

Communicatrice aguerrie, Dorothy Alexandre trace sa voie dans l'univers médiatique en tant qu'animatrice, chroniqueuse et productrice au contenu. À la tête d'Inspiration Communication, elle est aussi coach en communication. Par ailleurs, en tant que modératrice de panels de discussion, elle est appelée à collaborer avec des OSBL, des institutions publiques et parapubliques, ainsi que des entreprises privées afin d'aborder des sujets portant sur des enjeux de société - dont la condition féminine et la jeunesse - l'entrepreneuriat, le numérique et la diversité. Ses autres chapeaux: être une mentore auprès des jeunes et des femmes, en plus de promouvoir la diversité dans les médias et la gouvernance en tant que consultante.

Parle-nous un peu de ton parcours et de qui tu es.

Je suis une entrepreneure en communications depuis une dizaine d’années. Mon parcours est assez atypique puisque lorsque j’étais petite, mon objectif était d’entrer en médecine. J’ai donc fait mes études en science santé au cégep, puis en science de l’exercice à Concordia. J’ai toujours aimé les sciences, mais je me suis rendu compte que le contexte de l’hôpital, des cliniques, n’était pas nécessairement fait pour moi. Après mon bac, j’étais donc un peu perdue, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire.

C’est en 2009, lors du passage de Barack Obama à la colline parlementaire d’Ottawa, que ma vie a changé. J’y ai rencontré un monsieur qui couvrait des événements pour la communauté haïtienne. Il m’a alors proposé d’être journaliste avec lui. Connaissant mes habiletés en communications, j’ai sauté sur l’occasion n’ayant rien à perdre. J’ai donc couvert, par la suite, plusieurs événements pour la communauté. C’est durant un de ces événements qu’un chef d’antenne de TVA m’a découvert. J’ai travaillé pendant 7 ans au Groupe TVA en tant que rédactrice ticker, rédactrice web et recherchiste. Ça a été mon école de vie! Cette expérience m’a appris à avoir confiance en moi, à développer mon réseau et à faire preuve d’humilité.

Qu’est-ce qui t’a poussée à devenir une entrepreneure?

J’ai réalisé que je n’étais plus très heureuse dans le monde journalistique. Étant une fille hyper optimiste et le fait d’être dans un environnement dont les mauvaises nouvelles occupent beaucoup d'espaces en raison du cycle de l'actualité, je me suis dit que ce n’était peut-être plus l’endroit pour moi. C’est réellement durant ma grossesse que j’ai décidé de faire le saut entrepreneurial. J’ai donc commencé à animer des panels de discussion, puis des galas, des colloques. Aujourd’hui, j’en suis à la production de contenu numérique. Je viens d’ailleurs de lancer mon premier podcast ethnographique portant sur Côte-des-Neiges. En résumé, je dirais que je suis une entrepreneure en communication, engagée, qui anime des panels, des événements, et qui produit du contenu numérique.

Qu’est-ce que ça représente pour toi d’être la Présidente du Conseil des Montréalaises?

Être la présidente du Conseil des Montréalaises est un grand honneur et une grande responsabilité. Pour moi, c’est un honneur de pouvoir représenter les femmes à Montréal !

Le Conseil des Montréalaises est un conseil consultatif auprès de l'administration municipale de la Ville de Montréal. Nous sommes un conseil non partisan. Notre rôle est de faire des recommandations à la ville en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, entre les femmes elles-mêmes et au niveau de la condition féminine. Ce que ça signifie, c’est qu’à toutes les fois que la Ville de Montréal émet des règlements, développe des projets, des politiques, nous aspirons à ce qu’ils tiennent compte de toutes les femmes, quelles qu’elles soient. Nous sommes un peu le chien de garde de la condition féminine à Montréal.

Quels sont les plus gros défis que tu as eu à surmonter en tant qu’entrepreneure, mais aussi en tant que présidente du Conseil des Montréalaises?

Un des gros défis que j’ai dû surmonter est la courbe d’apprentissage. Je suis quelqu’un qui prend énormément, qui aime les nouveaux projets et ça explique un peu aussi pourquoi je suis devenue entrepreneure. Par contre, je sens que j’ai un peu sous-estimé la courbe d’apprentissage que j’ai dû affronter pendant mes deux premières années. J’ai quitté un emploi à temps plein pour devenir entrepreneure. Il a fallu que j’apprenne le métier, que je développe mon réseau de contacts, en plus d’être la présidente du Conseil des Montréalaises. Donc ce n’est pas juste d’être présidente et d’être entrepreneure, mais c’est d’apprendre tous les rouages autour de ces deux métiers et ça a été un grand défi pour moi.

Le conseil que je donnerais aux gens, c’est de se donner le temps. Le temps d’apprendre à apprendre. C’est un grand défi que je surmonte, en ce moment, et ça va très bien. La première année a tout de même été un grand défi, mais ce qui m’a aidée, c’est ma capacité de m’entourer et de connaître ma valeur.

En tant que jeune maman, comment arrives-tu à concilier travail-famille? As-tu des trucs à nous donner?

Je vous dirais que la conciliation n’est pas parfaite. Par contre, j’ai la chance d’avoir un excellent conjoint qui est présent pour sa petite fille, ce qui me permet d’avoir mes occupations que ce soit de jour ou de soir.

Une des premières choses que je fais, c’est de limiter mes soirées. Un truc que je pourrais donner, c’est qu’il ne faut pas tenter d’être parfaite. Il faut essayer de trouver un équilibre dans le déséquilibre, ça veut dire qu’il y a des périodes d’affluence où il m’arrive d’être plus occupée. Je l’explique à ma fille de 3 ans qui comprend mes responsabilités. Parfois, j’essaie de l’amener avec moi dans des rencontres ou des 5@7 quand c’est possible. Un autre truc serait de ne pas essayer de tout comprendre dès le début. On a beau tout planifier, mais notre horaire change tout le temps que ce soit parce que l’enfant est malade, ou pour toute autre raison. L’astuce est de se garder des ouvertures dans l’horaire, de ne pas essayer de tout booker. Il faut apprendre à dire non ou à reporter plus loin, c’est ça le grand secret!

As-tu de nouveaux projets en vue?

Je suis actuellement en train de travailler sur un projet de communication en ligne. Très bientôt, j’ai comme projet de lancer des ateliers sur la communication pour les femmes, entre autres, qui veulent apprendre à mieux communiquer. Parce qu’il faut se le dire, la communication c’est le nerf de la guerre. Le tout sera présenté sous forme d’une plateforme en ligne et de rencontres en personne, en fonction de ce que les gens préfèrent. Il y aura des capsules aussi pour ceux qui désirent animer des panels, faire des discours, etc. Finalement, il y aura tout un volet pour la jeunesse, mais pour l’instant, c’est encore en laboratoire. Ce que je souhaite à travers ce projet, c’est utiliser le numérique comme outil pour aider les gens à mieux communiquer et à avoir confiance en eux.

Si tu avais le pouvoir de retourner dans le passé pour donner un seul conseil à la Dorothy Alexandre de 20 ans, quel serait-il?

D’arrêter de stresser pour rien! Quand j’étais plus jeune, j’étais la petite fille qui n’avait pas confiance en elle, qui vivait dans l’ombre des gens. Je me dirais donc de me faire confiance et de ne pas essayer de tout planifier. Je me suis rendu compte depuis que l’action mène au résultat. Donc même si tu planifies tout à l’avance, tant que tu ne passes pas à l’action, rien ne se passera. J’ai fait ça pendant longtemps, avoir dix millions de cahiers de notes, à écrire toutes mes idées. Mais à partir du moment que j’ai commencé à être dans l’action, même si c’était imparfait, ça m’a menée où je suis aujourd’hui. Il faut être capable de se mettre au pied du mur et se dire: «failure is not a option».

Questions «funky»

Combien d’heures dors-tu par nuit?

Je dors 8 heures, quand ma fille ne me réveille pas, il faut le préciser! J’essaie vraiment de dormir 8 heures par nuit. Dans les moments plus difficiles, où j’étais en livraison de projets par exemple, je pouvais parfois seulement dormir 4 heures par nuit. Même si j’ai eu de grosses journées, je me donne le temps, car j’ai grand besoin de mes 7-8 heures pour fonctionner.

Que voulais-tu faire quand tu étais petite?

Médecin! Mais c’est intéressant, parce que quand on me posait la question en première année, je disais: «je veux être médecin pour aider les gens». Donc ce n’était pas juste être médecin pour l’uniforme, mais vraiment pour aider les gens. Je ne suis plus médecin, mais je continue d’aider les gens. Je me dis que j’essaie d’être un médecin en communication pour pouvoir aider les gens au niveau de leur for intérieur.

Quelle est la personne qui t’inspire le plus?

La personne qui m’inspire le plus, c’est ma mère. C’est une femme qui a tout sacrifié pour ses trois enfants. Elle est venue d’Haïti avec seulement sa volonté, un peu de sous et un petit réseau. De voir aujourd’hui qu’elle est toujours là debout, qu’elle a sa maison payée, qu’elle nous encourage, ça m’inspire énormément.

Si je suis où est ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à elle parce qu’elle m’a montré ce qu’étaient l’éthique et l’intégrité. Plus important encore, elle m’a appris à ne pas être impressionnée par les gens, d’apprécier la personne pour sa juste valeur et non pour ce qu’elle a accumulé ou le titre qu’elle porte.

Quel conseil donnerais-tu à la future génération?

Cela peut paraître cliché, mais je dirais d’être authentique dans tout ce qu’on fait. Authentique dans sa personne, dans ses relations, dans les projets dans lesquels on s’investit, puisqu’à la fin de la journée, c’est vraiment ce qui transparaît. Ce qui va faire que des gens vont rester accrochés à toi, mandat après mandat, projet après projet, c’est ton authenticité. Il faut essayer de trouver qui tu es et, quand tu auras trouvé le fond de ta personne, l’être authentique que tu es, travaille fort à faire valoir cette personne autour de toi.