18 juin 2018

Frédéric Morin-Bordeleau: un créateur à la rescousse de la culture montréalaise

JCCM

Parles-nous un peu de toi et de ton parcours en quelques lignes.

Originaire de la rue Amherst à Montréal, j’ai grandi à Pointe-Claire avec mon frère. On nous avait vendu le rêve de la banlieue. Je suis revenu à Montréal, à 17 ans, pour faire mon cégep. En y rentrant, je me suis impliqué dans une des associations étudiantes de l’école. Ce fut une belle expérience, mais je me suis vite rendu compte que j’étais un peu désillusionné pour tout le côté politique du monde et les intérêts des grandes corporations. J’ai donc entrepris de voyager dans le but d’écrire un manifeste sur lequel tout le monde pourrait se rallier. La réalité m’a rattrapé et j’ai vite compris que ce ne serait pas possible. Par contre, au-delà de tout cela, je sentais que je pourrais créer quelque chose d’important, de fondamental, qui pourrait changer la société. Je me suis donc intéressé à l’entrepreneuriat social.

J’ai voyagé pendant quatre ans en Chine, au Japon et en Australie. J’ai appris le japonais et leur cuisine. En revenant ici, ça m’a donné le sentiment qu’on pouvait tout faire, que tout est possible en mettant les efforts nécessaires. C’est à ce moment-là que mon frère et moi avons eu l’idée de construire un bâtiment de trois étages avec des wagons parce que why not? On avait comme idée de l’habiter avec quelque chose qui représentait Montréal. Nous nous sommes dit que la culture de Montréal était définitivement ce qui la représente le mieux, malgré qu’elle soit un peu malmenée. Notre but était donc de la remettre sur un piédestal. C’était notre vision et, en cinq ans, nous avons réussi à bâtir la Station F-MR.

Pourquoi avoir choisi l’entrepreneuriat?

Pour moi, c’était vraiment dans une perspective de changement social. Comme disait Marx, il faut reprendre les moyens de production et en faire quelque chose pour le monde. Je ne suis pas marxiste, mais j’aime bien le citer parce qu’il le dit si bien. En effet, si tu contrôles toute la chaîne de valeur dans ton entreprise (l’approvisionnement, les employés et le produit) et que ta production est bonne à chaque étape, tu pourras gagner contre le capitalisme. Donc pour moi l’entrepreneuriat, c’est de créer des entreprises sociales qui pourront régler des problèmes de société à la source.

Quel est l’objectif de MR-63?

La mission de MR-63 est de mettre les talents de Montréal de l’avant. Il faut mentionner que le métro est secondaire dans cette réflexion. Nous aurions très bien pu créer un autre type d’icône de Montréal pour engager la population dans ce discours. Après, il est vrai que le MR-63 représente vraiment bien le design des années 1960, la renaissance de Montréal. C’était donc tout simplement logique que nous entreprenions d’habiter les wagons avec les talents de la culture montréalaise.

Quels sont vos prochains projets?

Notre prochain projet est de reproduire la Station F-MR en plus gros et permanent. En effet, F-MR est le prototype d’un bâtiment permanent de trois étages avec 8 wagons de métro. Il faut un peu imaginer le tout : les wagons ce n’est pas fait pour être superposés l’un par-dessus l’autre. Ce sera monumental! Nous voulons reproduire exactement la même ambiance qu’à la Station F-MR en mettant de l’avant les talents de design, d’art et de gastronomie de notre métropole. Pour nous, c’est ce qui représente le mieux la culture de Montréal. Il faut voir cet espace comme une zone d’expérimentation de la culture montréalaise : pas besoin de la chercher, simplement de la vivre.

La prochaine structure devrait se trouver dans le sud-ouest, au coin de Peel et Ottawa, mais c’est encore à confirmer.

Avez-vous pris en considération l’avis des citoyens pour imaginer votre projet?

C’était dans notre intention, mais nous n’avions jamais vraiment eu l’occasion de le faire jusqu’à ce que nous rencontrions les gens de La Pépinière. Le conseil qu’ils nous ont donné est que lorsqu’on décide de créer une place publique, il est très important de le faire avec les gens qui habitent autour. Tu ne peux pas créer une place selon ta propre vision, alors qu’il y a des gens qui vivent là, qui l’habitent. Nous avons donc fait une consultation publique en ligne et une autre avec la compagnie Exeko et le Réseau québécois en innovation sociale afin de recueillir les avis des citoyens.

Changerais-tu quelque chose à ton parcours?

J’aimerai être un meilleur planificateur et moins faire les choses à l’improviste, surtout pour F-MR. En débutant ce projet, nous nous sommes lancés en mode tout va bien aller puisque c’est comme ça que nous avons toujours fait les choses. Cependant, lorsqu’il s’agit d’une installation comme celle-ci, qui demande beaucoup de gens à gérer, il est important de planifier. Nous avons épuisé notre équipe par manque de planification. Donc, si je pouvais changer quelque chose, ce serait certainement de m’assurer que l’équipe est bien, qu’on sait dans quoi nous nous embarquons, de mieux planifier les choses et le temps de tout le monde.

Qu’est-ce que le mot implication signifie pour toi?

Selon moi, le mot implication veut dire donner du temps pour une cause qui nous est chère. Pour ma part, je trouve très gratifiant d’offrir mes compétences et ce que j’ai appris au cours de mes expériences à autrui. Au fil de mes implications et de mon implication actuelle sur le conseil d’administration du Forum jeunesse de l’Île de Montréal, j’ai réalisé que mon engagement m’apportait énormément, parfois même plus que ce que j’avais à offrir.

Aurais-tu un conseil à donner aux futures générations d’entrepreneurs?

C’est un peu cliché, mais je dirais qu’il faut continuer d’être créatif, avoir de l’imagination, toujours dans le but d’innover pour offrir quelque chose de meilleur ou de nouveau à la société dans laquelle nous vivons. Aussi, que peu importe les obstacles que vous aurez à traverser, il faut toujours persévérer.

Sur une note un peu moins joviale, je dirais que si tu vois que l’entrepreneuriat n’est pas fait pour toi: lâches prise, ce n’est pas grave! Il faut comprendre que l’entrepreneuriat n’est pas fait pour tout le monde. Les gens pensent souvent que c’est simplement une question d’avoir des idées et d’être créatif. Oui, mais c’est beaucoup plus que ça! Être entrepreneur, c’est gérer des équipes, faire de la gestion, de la planification, c’est très administratif. Donc si tout cela t’intéresse toujours, que tu es passionné, et bien fonce!

Questions «funky»

Ton meilleur souvenir dans le métro de Montréal.

Je dirais la première fois que nous sommes allés visiter les wagons, mon frère et moi. De pouvoir toucher à tout, voir ce que c’était vraiment et d’imaginer ce qui nous attendait, c’était tout simplement magique! Sinon, je pense aussi à la première fois où ils ont sorti les wagons du métro et que nous les avons suivis sur l’autoroute. Pour nous, ça signifiait le début d’une grande aventure. On avait tous les deux des étoiles dans les yeux.

Ton préféré: AZUR ou MR 63?

MR63! C’est la belle époque de Montréal! Des métros comme l’Azur, j’en ai vu beaucoup au Japon ou en Chine. Oui, c’est beau et esthétique, mais le MR-63, ça représente vraiment Montréal. Pour moi, c’est son essence. Et puis, qui n’a pas de beaux souvenirs dans ce métro

Qu’est-ce que tu aimes le plus de Montréal?

Je dirais sa culture, mais sa créativité aussi. Je trouve qu’à Montréal on a un terreau tellement fertile pour la culture. Nous avons cette ouverture d’esprit qu’on ne retrouve pas nécessairement dans le reste de l’Amérique du Nord, et c’est ce qui fait de notre métropole une des places les plus fertiles. Nos loyers ne sont pas chers. Nous avons beaucoup d’industries créatives et des universités à la tonne. Pour l’instant on ne le remarque pas, mais d’ici quelques années, tout le monde achètera de l’art et de la créativité.