20 juin 2019

Et si j’avais envie de dire quelque chose pour façonner l’an 2050?

Jessica Roland

Membre de la JCCM

Lorsqu’elle n’était qu’un nourrisson, Leah échappe à la mort subite grâce à un outil utilisant l’intelligence artificielle. Quand elle a 5 ans, elle rencontre une androïde qui est sa copie conforme. Elle ne sait quoi en penser mais petit à petit, cette androïde fait partie intégrante de la famille. Si bien que certains week-ends, elle l’amène en visite chez son grand-père; comme s’il s’agissait d’une poupée. Ce dernier est fasciné par ce double de sa petite-fille, mais la craint tout de même. Cette « intruse » dans la maison du grand-père nuit à sa relation avec sa petite- fille. En fait, il ne sait jamais à qui il s’adresse et de qui il reçoit cet amour. Serait-ce des deux?

Entre les études, le boulot, Leah et « sa sœur », l’androïde; les parents de Leah ont peu de temps pour s’occuper du grand-père qui prenant de l’âge perd en autonomie. Charles, le père de Leah, choisit d’acheter une tablette qui héberge un animal de compagnie pour son père malade. Cet animal de compagnie est le représentant d’une équipe d’aide-soignant à l’étranger. Cette équipe offre une certaine sécurité; ou du moins un sentiment de sécurité à Charles.

Cette histoire fictive dresse un des multiples scenarios que nous nous imaginons. Et, si ce narratif du futur nous inquiétait compte-tenu des multiples changements qu’il incombe? Ce récit du futur nous inquiète-t-il du fait que nous constatons que nos institutions n’ont pas la capacité d’encadrer la numérisation de notre société? Et surtout, ce narratif du futur remet en question nos modes de communication à tous les niveaux : famille, organisationnelle, société, monde. Avons-nous individuellement et collectivement un mot à dire? Comment pouvons-nous influer notre société future?

Pourquoi parler de narratifs du futur

Nous construisons notre futur de façon collective et interactive à partir des environnements sociaux et matériels qui nous entourent. Ce sont ces environnements qui nous permettent de se représenter le monde et d’y porter action. La réalité, la compréhension du monde ainsi que les actions que posera un chirurgien diffèreront de celui d’une pilote d’avions en ce qu’ils interagissent avec des systèmes informatiques différents; un environnement spatial différent; des relations humaines différentes et se heurtent à des situations humaines et physiques étrangères les unes des autres.

Les différents développements technologiques dont nous ne maîtrisons pas collectivement la portée, juxtaposés aux mouvances socio-politiques, géopolitiques ainsi qu’économiques nous mettent face à un futur qui nous échappe. De plus, l’accès à une multitude d’informations rend ces changements visibles et nous sommes potentiellement enclins à croire que notre futur nous dépasse. Sommes-nous en présence de conflits de narratifs? Le concept de bifurcation pour expliquer cet esprit de fragmentation de discours: Le concept de bifurcation renvoie aux transformations révolutionnaires que subissent nos systèmes sociaux, nos systèmes et organisations sociaux virtuels et l’ensemble de la société… de nouveaux mouvements sociaux s’appuient sur la technologie, de nouveaux comportements et modes de vie apparaissent et prennent l’initiative. Quand l’ordre est rétabli, le chaos transformationnel disparaît laissant la place à un nouvel état du système plus stable. (Harvey, 2017, p.395).

Sachant que nous construisons notre futur collectivement, en ce sens, que l’émergence de la diversité des narratifs module la réalité de demain. Bien entendu, ces narratifs évoluent dans le cadre dans lequel nous évoluons et en prenant compte des diverses externalités qui influencent nos sociétés. Cela permet de prétendre que nous pouvons collectivement faire le design de ce futur.

Et, comment procède-t-on au design de ce futur?

The British Academy et The Royal Society ont publié un rapport 6 pour expliciter l’importance d’une nouvelle gouvernance de données au XXIe siècle. Cette gouvernance de données est essentielle pour maintenir la confiance du public. Et, ce dans le cadre de la vie quotidienne tout comme la société institutionnalisée que nous connaissons. Cette gouvernance de données serait encadrée par certains principes. Ces principes exprimeraient le cadre dans lequel nous souhaitons collectivement que notre société fasse usage et gère les données.

Le 10 juin dernier à La Conférence de Montréal, j’étais ravie d’entendre le ministre Navdeep Bains parler de l’importance de maintenir la confiance du public sans quoi aucun développement n’est possible. D’entendre au Salon International de la Femme Noire, une paneliste affirmer qu’un changement social ne peut se faire en ne se limitant qu’à un groupe d’individus. Ce changement social doit nécessairement être inclusif. Ou encore de voir des conférences telles qu'IA en mission sociale, mettant en vedette une autre facette de l’intelligence artificielle permet l’ouverture à des narratifs divers ouvrant au dialogue. Une fois le dialogue en place, nous nous devons de voir les scénarios possibles d’application.

Depuis 2016, je rencontre des gens fascinants avec des perspectives diverses et qui sont dans l’appliqué. A la lumière de ces rencontres, voici quelques exemples de cadres, modèles et concepts que j’ai découverts et que j’aimerais vous partager – en espérant : l’impact social ; les entreprises BCorp ; l’économie circulaire, les living labs ; les objectifs de développement durable (Agenda 2030) ; les facteurs ESG et l’investissement responsable.

Il faut rester à l’affût de ces bifurcations qui créent tant d’incertitudes. Et, j’invite tous professionnels qui tissent la réalité issue de ces narratifs à adopter une posture dans une perspective d’amener de l’avant la responsabilité sociale des entreprises (je dirais toutes formes d’organisations). Notre futur ne sera probablement pas comme celui de Leah et il ne sera certainement pas comme aujourd’hui. Il y a tant de possibilités et nous pouvons avoir une part dans le narratif du futur. C’est aujourd’hui que nous devons penser à la gouvernance de notre société numérisée.

Jessica Roland

Maîtrise en communications, UQAM

Directrice, Comité Expérience Membres JCCM