02 juillet 2019

La place des femmes dans le milieu philanthropique

Émilie Thierry

Membre JCCM

Malgré un parcours en gestion et venant d’une famille de commerciaux, j’ai toujours senti que j’avais envie de faire plus dans ma vie professionnelle et d’être au service des autres. Une tendance apparemment naturelle chez la femme, que j’illustrerais donc parfaitement bien (voir dans la suite de l’article pour la référence). Différentes expériences de jobines étudiantes en collecte de fonds m’ont petit à petit sensibilisé au milieu philanthropique et un stage dans une micro organisation non gouvernementale au Cambodge m’ont amené à me tourner vers ce domaine : c’était décidé, j’allais rejoindre les 75% de femmes occupant déjà la main d’œuvre philanthropique au Québec (Institut Mallet, 2018).

Ainsi, depuis un an et demi, j’occupe la place de coordonnatrice au développement philanthropique et aux communications de l’Association de Montréal pour la déficience intellectuelle. Un travail enrichissant et valorisant, au quotidien. Un milieu en effet majoritairement féminin puisque sur une équipe de 7 personnes, nous comptons deux hommes. Mais j’en suis venue à me poser cette question : quelle est vraiment la place des femmes dans le milieu philanthropique ? Est-ce que nous avons accès aux mêmes salaires, aux postes à haute direction ou est-ce que les différences et inégalités sont bien présentes comme dans de nombreux autres domaines.

En juin dernier, un rapport fort intéressant a été publié par l’institut Mallet sur la philanthropie au féminin. Ce rapport dresse un portrait global du rôle des femmes dans l’avancement de la culture philanthropique que ce soit au niveau de leur investissement bénévole, leurs contributions monétaires à des organismes sans but lucratif ou encore leur place au niveau de l’emploi dans ce secteur. Avec 75% de femmes représentées dans la main d’œuvre philanthropique, fort heureusement, la majorité occupe des postes de direction. Cependant, un écart salarial de 24% persiste par rapport à nos collègues masculins à poste égal. Mais pourquoi cet écart avec autant de femmes présentes dans ce secteur d’activité ? Cette situation pourrait notamment remonter à l’idée que “les femmes sont naturellement disposées à aider autrui”, donc selon cette affirmation, j’en serais moi-même la preuve vivante. Cela remonterait notamment au travail des religieuses dans le secteur caritatif depuis des décennies mais aussi à notre condition génétique de protectrice et aimante. Donc comme c’est naturel et que cela vient de l’essence même de notre genre nous autres femmes de ce monde, un écart salarial serait justifié (ironie du sort).

En vérité et plus sérieusement, cet écart viendrait notamment de la sphère dans laquelle le “travail” est effectué comme l’explique très bien le rapport Decent Work for Women de ONN (Mars 2018). Ce rapport nous explique que le travail (à son sens large) des hommes est généralement vu dans la sphère publique comme un emploi rémunéré selon les compétences, l’expérience ou encore la formation alors que celui des femmes est plus généralement associé à la sphère privée, non payé avec diverses tâches comprenant le soin d’autrui. Une inégalité dans la répartition du travail dans la sphère privée entraîne ainsi une inégalité dans l’avancement économique des femmes sur le marché du travail. Une bien triste réalité en 2019 mais qui est toujours d’actualité. Concernant le milieu philanthropique précisément, le problème viendrait d’une ségrégation occupationnelle et industrielle, le travail relié aux soins des autres étant vu comme une extension de la sphère privée à la sphère publique, ne nécessitant ainsi pas de hauts salaires puisqu’encore une fois, il “serait naturel”.

Ce rapport nous amène d’autres informations fort intéressantes pouvant expliquer ces différences salariales. Le plafond de verre auquel se heurtent les femmes dans le milieu philanthropique est différent des autres secteurs. En effet, dans ce milieu les femmes ont accès à des postes à haute responsabilité mais majoritairement dans des organismes à plus petit budget et moindre taille. L’accès à des positions seniors dans des grosses structures est plus difficile. Comme dans les autres secteurs, le problème de balance vie privée et professionnelle ainsi que les interruptions de carrière pour s’occuper des enfants ou tout simplement répondre à des impératifs de la sphère privée contribuent aussi à ces écarts salariaux.

Ainsi malgré des chiffres plus encourageants que dans d’autres secteurs d’activités, la place des femmes dans le milieu philanthropique a encore de grandes améliorations à voir par rapport à ses compères masculins. C’est de notre rôle à tous et toutes de travailler fort dans un objectif de diminution de ces inégalités en accédant toujours plus à de la formation, en osant négocier nos salaires en tant que femmes, en nous battant pour avoir accès aux mêmes conditions que nos compères masculins et en croyant en nous et en nos capacités, en faisant preuve notamment de leadership. Que ce soit dans ce secteur ou dans n’importe quel autre, en 2019, j’ose à croire qu’une femme puisse accéder au métier de ses rêves, qu’importe soit-il. Mais il en est de notre responsabilité de briser les barrières actuelles et casser les stéréotypes. Ainsi en étant membre et bénévole à la Jeune Chambre de commerce de Montréal, je suis fière de faire part d’un organisme qui contribue à cela en mettant le leadership au féminin comme une de ses priorités majeures. Pour ce qu’il en est des inégalités encore présentes dans mon secteur d’activité, c’est une bouchée à la fois que nous pouvons les détruire, et c’est certain que cela restera une de mes priorités majeures dans l’avancement de ma carrière.

Références

ONN (2018). Decent Work for Women. A literature review of women working in Ontario’s non profit sector : https://theonn.ca/wp-content/u...

Gagné, E. et Martineau, V. (2018). La philanthropie au féminin. Québec, Institut Mallet, p. 2-18 : http://institutmallet.org/wp-content/uploads/Fascicule-Philanthropie-au-feminin.pdf

L'autrice

Émilie Thierry - Membre et bénévole à la JCCM depuis 8 mois, Émilie est passionnée du développement philanthropique et porte dans son cœur de nombreuses causes. C'est dans cette vision qu'elle a rejoint le poste de coordonnatrice au développement philanthropique et aux communications de l'Association de Montréal pour la déficience intellectuelle (AMDI) depuis un an et demi. Ayant un profil de gestionnaire mais étant une mordue de développement de projets, elle a le goût d'apporter fraîcheur et dynamisme dans tout projet ou organisme qu'elle rejoint. Sa passion ? Les relations humaines dans leur ensemble et la découverte de nouvelles cultures. Française d'origine, cela fait plus de 4 ans qu'elle est au Québec et elle adore les opportunités de développement qui sont possibles dans cette province.