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01 juin 2020

Pas le cœur aux #High5…

Déborah Cherenfant

Présidente de la JCCM et Directrice régionale, Femmes entrepreneures, Québec, Banque TD

La semaine dernière comme à mon habitude depuis bientôt 3 mois, vous partager mes coups de coeur hebdomadaires m’a paru farfelu. Pas qu’il n’y en a pas eu. Mais disons que c’est plutôt mon coeur qui a pris un coup. Et j’ai mal depuis plusieurs jours. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les derniers événements, déclenchés par le visionnement en 8 minutes du meurtre d’un citoyen américain noir, par un policier blanc le 27 mai dernier, jour de mon anniversaire. Au-delà du choc de voir l’acte en vidéo (que je n’ai pas eu le courage de regarder), ce qui nous coupe le souffle est la raison sous-jacente derrière ce geste d’un officier de la loi: le racisme envers une personne, George Floyd, 46 ans soupçonné d’avoir payé avec un faux billet de 20$.

Ce n’est pas le premier cas de brutalité (et j’ai envie de dire criminalité) policière et pas besoin d’être pessimiste pour se dire que ce ne sera pas le dernier. Depuis plusieurs jours, je pense à George Floyd, à Ahmaud Arbery, à Breonna Taylor. Mais je ne pense pas à leur meurtre; je pense à leur vie. Ce qu’ils faisaient avant, leurs pensées, leurs projets, avant que leurs rêves ne soient brutalement enlevés en raison du racisme de leur assassin. Quand on sait que leur seul crime était d’être Noir(e), donc d’être soupçonnés coupables, violents, et mêmes incompétents, ce qu’on voit particulièrement dans le monde professionnel.

Et #çavapasbien. Pour plusieurs de mes consœurs et confrères issus des communautés noires. Pour plusieurs parents d’enfants noirs, particulièrement de garçons, qui doivent trouver les mots justes pour leur expliquer ce qui vient de se passer, mais aussi, les préparer à affronter la police à leur tour. Et pourtant, il me semble qu’une des réussites dont aime se targuer un parent est d’avoir su préserver et protéger ses enfants de toutes grandes menaces...mais pas celle-là. Les parents noirs ou d’enfants noirs n’ont pas ce privilège. Mes parents ne l’ont pas avec un fils sportif de plus de 6 pieds qui vit en « Occident ». Mes sœurs ne l’ont pas plus qui élèvent ici leurs enfants et sentent mieux que moi cette épée de Damoclès. Et au risque de déplaire à plusieurs voire surprendre quelques-uns, le Québec ne représente pas ce petit coin reculé du monde qui fasse exception à la nécessité d’avoir cette conversation.

Je ne pense qu’il y ait des manuels ou des cours là-dessus, mais étonnamment, nous nous équipons face à cette éventualité depuis des siècles. Oui des siècles, car rien de ceci n’est nouveau. Les moyens de communication & diffusion ont peut-être changé mais les crimes sont les mêmes : brimer et interrompre les droits des personnes noires, by all means necessary. Et le racisme a été utilisé comme base pour y arriver, prétextant le manque d’humanité de nos êtres pour en justifier l’exploitation.

Et je trouve dangereux de continuer à dire que « le Québec, le Canada ne sont pas les États-Unis », en termes de cas vécus de racisme, particulièrement envers les Noirs. C’est évident, par rapport à la population américaine, au pays nous avons 10 fois moins de personnes et dans la province près de 40 fois moins, donc statistiquement surtout, on ne fait pas le poids. Et plusieurs pourraient arguer qu’historiquement non plus. Mais maintenir cette posture équivaut pour moi à de l’aveuglement volontaire. On ne devrait pas attendre que cela soit comparable pour agir. Ce n’est pas un concours.

Mais c’est quoi le lien avec la JCCM, vous demandez-vous peut-être? Beaucoup de choses. Parce que la JCCM regorge de membres professionnels et entrepreneurs issus des communautés noires, dont une présidente et porte-parole née en Haïti et ayant choisi le Québec il y a 15 ans. Parce que la JCCM a été pionnière à plusieurs niveaux, comme en tant que première Jeune Chambre à ouvrir ses portes aux femmes en 1956. Parce que la JCCM est au coeur des principaux enjeux de société et représente une relève qui est plus sensible et ouverte à parler de racisme et à trouver des solutions concrètes pour le contrer.

Et pendant que vous y réfléchissez, prenez des nouvelles de vos ami(e)s, collègues, parents issus des communautés noires qui je vous l’assure, ont eu une dure semaine. Sans oublier nos concitoyens des communautés asiatiques, qui ont eu des mois difficiles, victimes d’agressions et messages discriminatoires qui connaissent une montée inquiétante. Et surtout, prenez soin de vous, car en plus de tout ça, nous traversons une pandémie mondiale et devons jongler avec ses impacts sur notre santé, mentale surtout.