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Le milieu des arts et l’IA générative : quelle place pour l’humain ?
DURABLE ECONOMIC DEVELOPMENT
Cassandre Gratton
Par

Cassandre Gratton

JCCM - Jeune Chambre de commerce de Montréal

Gestionnaire de projet bénévole du comité marketing et création de contenu

Alors que la reprise de la chanson Papaoutai du chanteur belge Stromae, créée de toutes pièces par l’IA sans implication ou consentement de l’artiste, fait fureur sur le site d’écoute Spotify, plusieurs se questionnent sur l’importance que nous attribuons à la connexion et l’authenticité humaine que représentent les produits artistiques et culturels.

En d’autres termes, ces nouvelles technologies chamboulent non seulement notre compréhension de l’art, mais aussi le rôle et la valeur même que nous choisissons de donner à nos artistes et créateur·trice·s.

Il est vrai que le milieu est intimement lié à ces développements technologiques importants, qui permettent à nos artistes de continuellement renouveler et repousser les limites de la créativité humaine. Que ce soit les effets spéciaux toujours plus spectaculaires au cinéma ou encore l’utilisation de plus en plus fréquente de la réalité virtuelle et d’autres technologies immersives dans les musées, on peut voir cette réalité partout.

Dans cette logique, il peut être tentant de ne voir dans le développement de l’IA générative rien de plus qu’un nouvel outil qui va accélérer ou amplifier l’innovation culturelle et artistique. Le problème est que cette vision tend à négliger la menace significative que pose l’arrivée de cette nouvelle technologie.

Pour mieux comprendre la profondeur de ces enjeux, il suffit de regarder la récente décision par la plateforme d’achat et d’écoute Bandcamp de bannir de sa plateforme ce qu’elle décrit comme «la musique générée entièrement ou de manière substantielle par l’intelligence artificielle»1. La plateforme justifie cette décision en soulignant qu’elle souhaite «que les musiciens continuent à créer de la musique, et que les fans aient la certitude que la musique qu’ils trouvent sur Bandcamp a été créée par des humains». Bandcamp défend ainsi l’idée que le produit de son industrie n’est pas simplement la musique comme telle, mais bien la connexion humaine qu’elle représente.

On peut s’interroger sur le bien-fondé de cette mesure. Notamment, il n'existe pas nécessairement de définition claire de ce que constitue une utilisation dite «substantielle» de la technologie. De plus, la capacité réelle de l’entreprise à détecter et identifier correctement une utilisation proscrite n’est pas garantie. Les quelques outils de détection de l’IA n’ont jusqu'ici pas réussi à faire leurs preuves.

Malgré tout, au-delà de ces limites, cette mesure révèle une crainte bien réelle pour deux des éléments cruciaux qui sont les fondements mêmes de l’industrie des arts et de la culture : la connexion humaine, et les droits d’auteur. Ces deux éléments sont tout aussi importants, car si c’est l’humanité qui permet à nos artistes de créer, ce sont notamment les droits d’auteur qui leur permettent d’en vivre.

Revenons à notre premier exemple, Papaoutai version 2.0 sans humain. Au-delà des enjeux de droits d’auteur, d’autres questions se posent, et les réponses à ces enjeux ne sont pas noires ou blanches.

On peut discuter longuement des avantages et inconvénients de ces nouvelles technologies. Il ne fait aussi pas de doute que les régulations gouvernementales devront s’adapter. Mais elles sont déjà en retard, et risquent de le devenir encore plus alors que ces technologies continuent de se développer et de se raffiner à un rythme effarant.

Il est donc clair que l’industrie elle-même, qui a toujours été au-devant de la scène de ce type d'innovation, se doit de mener ces réflexions de front. Ce sont des questions qui sont réellement existentielles pour le milieu, autant pour sa capacité à demeurer viable pour nos artistes et que pour la possibilité d’assurer une relève.

Or, alors que de plus en plus de plateformes et de distributeurs semblent accueillir et adopter l’IA générative avec empressement, ce que la décision de Bandcamp nous démontre, c’est qu’il y a une place dans le milieu pour ceux et celles qui souhaitent prendre position à contre-courant en remettant réellement en question cette adoption et ces implications. Elle nous envoie également un message extrêmement important sur la valeur d’avoir une position claire sur le sujet.

Oui, il faut s’adapter à ces technologies qui semblent bel et bien être là pour rester. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'on doit les accepter sans condition.







Article 100% grâce à l’intelligence humaine.




1 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2221118/bandcamp-interdiction-musique-generee-intelligence-artificielle


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