- ACTUALITÉ
- 31
- Août
- 2023

Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec rajoute une couche au climat mondial incertain et instable des dernières années avec sa gestion catastrophique de l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Le 6 novembre dernier, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) annonçait l’abolition soudaine du PEQ, l'une des voies principales vers la résidence permanente pour les étudiant·e·s et travailleur·euse·s temporaires au Québec. Treize jours plus tard, la porte se refermait définitivement sur les nouvelles demandes.
Une mesure et une façon de faire, qui, il faut le souligner, a été immédiatement et fortement critiquée par l’ensemble des acteurs et actrices touchées par la décision : les communautés immigrantes d’abord, mais aussi les syndicats, le milieu des affaires, les employeur·euse·s…un rejet unanime et consensuel comme on en voit peu en politique.
Cette décision a plongé immédiatement des milliers de personnes établies au Québec dans l’incertitude la plus totale et dans une précarité difficile à imaginer pour celles et ceux d’entre nous qui n’ont jamais vécu l’immigration. On a vu, au cours des derniers mois, de nombreux témoignages de personnes, de couples et de familles, déchirées par cette instabilité.
Une forte mobilisation a vu le jour pour demander l’ajout d’une clause de droits acquis à cette abolition pour permettre aux personnes déjà présentes, depuis des mois, voire des années au Québec au moment de cette annonce, de préserver leur droit d’appliquer à ce programme qui était au cœur de leur projet migratoire.
Or, cette réponse à la fois sociétale et médiatique n’a pas semblé troubler outre mesure le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge. Celui-ci a plutôt choisi de «répandre des faussetés» en tentant de défendre ce choix. Il prétend notamment qu’une telle clause est insoutenable, car elle ouvrirait la porte à des centaines de milliers de personnes immigrantes qui deviendraient soudainement éligibles et pourraient recevoir ce qu’il présente essentiellement comme un golden ticket vers la résidence permanente.
On a par ailleurs vu Christine Fréchette, maintenant candidate à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ), répéter les mêmes idées trompeuses pendant quelques jours, avant de soudainement se raviser quelques jours plus tard et d'endosser l’idée de rouvrir le PEQ pour deux ans. Une proposition qui, soit dit en passant, est encore plus généreuse que celle de son adversaire, M. Drainville, qui propose plutôt une clause grand-père restreinte à certains corps de métier prioritaires.
Oui, une clause grand-père s’appliquerait en théorie à des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses temporaires, mais très peu d'entre eux·elles étaient réellement éligibles au PEQ, et rouvrir le programme n'y changerait rien. Ce sera le même nombre de personnes qui étaient éligibles, qui le demeureront.
De plus, l’éligibilité au PEQ ne garantit en rien une acceptation, car il est régi par des critères très exigeants d’emploi et de maîtrise du français. Dans les dernières années, le PEQ offrait un certificat de sélection du Québec à environ 2 à 5% des travailleurs et travailleuses temporaires, ce qui représente environ 20,000 personnes par année.
On est donc très loin des chiffres avancés par le ministre Roberge. Tout cela, en plus du fait qu’une acceptation au PEQ n’amène pas la résidence permanente, mais bien un certificat de sélection du Québec (CSQ), qui n’est que la première étape d’un cheminement encore tortueux et long de plusieurs années vers la résidence permanente.
Nous avons vu à répétition ce gouvernement établir un lien entre l’immigration et de nombreux maux qui affligent notre province, que ce soit le manque de personnel enseignant, la violence ou encore la crise du logement. Ces arguments, en réponse aux critiques qui continuent de fuser semblent s’inscrire dans cette même logique : on assure qu’on n’a pas le choix de prendre une telle mesure, que les personnes immigrantes sont trop nombreuses, en demanderait trop, et c’est de leur faute si notre gouvernement est contraint de prendre une telle mesure pour «protéger» notre province.
Plusieurs diront que ce sont les flux migratoires qui sont visés, et non les personnes elles-mêmes, une distinction qui perd toute crédibilité lorsqu’on voit la façon dont on se permet de traiter ces personnes, sans même sourciller.
Ce que ces personnes demandent, ce n’est pas un billet d’entrée gratuit ou garanti. C’est un traitement humain. Un traitement qui leur permet, au minimum, de continuer à construire leur vie en connaissant les règles du jeu, sans avoir peur qu’on puisse les changer à tout moment, sans avertissement ni considération pour l’impact sur leurs vies, simplement parce qu’elles ont le malheur de ne pas être nées ici.
Comment peut-on prétendre représenter le Québec et ses intérêts, tout en refusant de faire preuve du respect le plus élémentaire envers ces personnes qui ont déjà commencé à faire d’ici leur chez-soi, et qui y contribuent avec le même dévouement que chacune et chacune d’entre nous?
On peut s’attendre à ce que la mobilisation continue, et que la pression continue de croître, afin d’amplifier ce message qui ne devrait pas être controversé : les immigrant et immigrantes qui travaillent et vivent chez nous méritent de se sentir entendu·e·s, respecté·e·s, pris·e·s en compte. Car au-delà des arguments économiques, nous avons un devoir moral envers ces personnes qui viennent enrichir notre société, à Montréal comme ailleurs au Québec.
Il n’est pas trop tard pour faire preuve d’humanité!
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